“Photographe humaniste ? Mais qu’est-ce que c’est que ça encore ?”

Eh oui, la photographie humaniste gagnerait à être plus connue…

Mais comme j’adore susciter la surprise chez les gens à qui j’en parle, ça me va d’expliquer ça en long, en large et en travers…

Mais alors c’est quoi, la photographie humaniste ?

La photographie humaniste va au-delà d’un simple cliché, au-delà du simple « clic-clac kodak » de l’appareil photo. Elle ne se caractérise pas seulement par le sujet photographié mais par son éthique.

La photographie humaniste…

C’est avoir un regard bienveillant sur le genre humain, le photographier tel qu’il est, dans la vie de tous les jours, sans poses ni artifices.

C’est représenter sa vie quotidienne à travers ses émotions, ses bonheurs simples et ses tristesses ordinaires.

C’est mettre en avant, en images, les fragments de temps qui rendent l’instant présent, le « ici et maintenant » unique.

C’est mettre l’humanité au centre de la photographie.

C’est vivre une expérience à part entière, un échange entre le photographe et les personnes photographiées.

Un peu d’histoire…

La photographie humaniste, aussi appelé le « réalisme poétique », est un courant qui s’est développé essentiellement à partir des années 1945-1950 en France, après la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, les gens avaient besoin de retrouver des repères, de redécouvrir le bonheur de vivre, de chanter la dignité humaine mais surtout de retrouver une confiance perdue chez l’être humain.. Mais la peur d’une nouvelle guerre ainsi que de nombreux conflits sociaux persistaient.

Beaucoup d’artistes, de poètes, d’écrivains, de chanteurs, de photographes voulaient casser ce pessimisme ambiant et donner un regard nouveau, plus positif, sur le monde.

La photographie humaniste reflète ce besoin de célébrer la vie. Elle célèbre le travail, chante le bonheur simple des petits gestes de la vie quotidienne, montre le charme du passé sans l’idéaliser, mais elle témoigne aussi de la pauvreté et des luttes sociales. Elle privilégie l’humain, sa dignité, sa relation avec son milieu.

C’est une manière informelle, tendre de faire des images, se situant à mi-chemin entre l’empathie idéaliste et le constat documentaire.

Bien que ce mouvement ne soit plus d’actualité aujourd’hui, il reste une approche éthique, une manière différente et unique de voir, de représenter la vie et les relations humaines.

L’amour des taches de naissance 

Aujourd’hui, nous sommes entourés par les images : dans les magazines, dans nos rues, et même dans notre téléphone. Impossible de raconter une histoire sans.

Mais les images sont souvent retouchées à l’excès pour faire sensation. On dénature l’être humain pour qu’il rentre dans des critères de beauté définis par la société. Il n’existe plus d’humanité dans les images.

J’entends souvent des adolescents, et même des adultes, dire, en regardant des magazines : « Ah et si j’étais comme ça, avec 10 kilos en moins, avec une peau lisse… » ou encore « Ne me photographie pas, je ne suis pas photogénique ». Ça me déprime… !

Parce que les grands yeux de celui-ci, le petit sourire timide de celle-là, les taches de rousseur ou de naissance, un tatouage ou une coiffure originale, c’est ÇA qui m’attire..

J’aime la différence et je ne crois pas en la photogénie.

J’estime que tout le monde est unique, a une beauté à part entière, et quelque chose à dire.

Et surtout, pour moi, une belle image raconte une histoire, véhicule une émotion.

Le respect dans la photographie humaniste

Dans la  photographie humaniste, il ne s’agit ni d’étonner, ni de choquer, ni de surprendre. C’est un moyen de communiquer, de faire partager son amour des autres, et de la vie, mais aussi de faire participer à des luttes, des causes présentes au quotidien.

Etre photographe humaniste, c’est avoir une éthique, qui consiste à vouloir restituer fidèlement une réalité que l’on respecte et que l’on capte telle qu’elle se présente, dans l’instant.

Car seule la photographie prise sur le vif respecte et honore son sujet.

Comment mettre l’humain au centre de l’image (et pas qu’au sens propre !) ? Il ne suffit pas juste de déclencher.

Il faut passer du temps à observer, à comprendre ce qui est en train de se passer, à apprendre à connaître réellement les personnes photographiées.

Pour faire ça, il faut :

  • instaurer un climat de confiance
  • observer avant de déclencher
  • se faire le plus discret possible

Mon objectif fétiche : le plus proche de la vision humaine

On me demande souvent quel est le matériel photographique j’utilise. « T’es canon ou Nikon ou Leica ? », me demande-t-on. Comme si le matériel photographique qu’on utilise déterminait le regard qu’on a. Bien sûr qu’il l’influence : selon la bécane qu’on utilise, on va immortaliser les images d’une certaine façon.

Mais ce n’est pas tant le boîtier qui fait l’image mais l’objectif, la vision qu’on a d’un thème, d’un sujet.

Moi, mon objectif fétiche est le 50 mm.

Pourquoi ?

Parce que c’est l’objectif qui se rapproche le plus de notre vision.

C’est aussi un objectif petit et discret, qui pousse à être près des autres, près de son sujet.

Et c’est seulement en étant près de lui qu’on peut créer des images sensibles, authentiques et sincères.

Des valeurs au coeur de mon travail

Avec mon art, je souhaite contribuer au bien de tous

Je ne souhaite pas faire que « de jolies photos » bien composées. Bien entendu, l’aspect esthétique d’une photographie est très important pour moi mais je cherche avant tout à créer une émotion, un questionnement. J’aimerais que les gens qui regardent mes images se sentent d’abord attirés par l’émotion qu’elles véhiculent et qu’ensuite, ils se questionnent : qui est cette personne ? Quelle est son histoire ?

Je photographie tout le monde !

J’aime photographier les défauts, les regards intenses, les belles personnalités. Je traite les gens de manière égale : je me fiche de l’aspect physique des gens, je mets en avant leur personnalité, la personne qu’ils sont.

Ça ne veut pas dire que tout le monde est sur le même pied d’égalité. Il y a des gens que j’ai plus envie de photographier que d’autres, par leur côté atypique. Je suis touchée par la sensibilité des gens. C’est ce que je veux tout de suite mettre en images.J’ai envie de pousser mon art plus loin avec les gens qui ne cachent pas leur sensibilité.

Et puis, la beauté d’une photo ne dépend pas de la capacité d’une personne à respecter les standards de beauté définis par notre société. Si une personne ne se sent pas belle, je le prends comme un défi. “Avec moi, tu te reconnaîtras dans les photos et tu apprécieras ce que tu vois de toi.”

Quand je photographie, j’ai avant tout de la tolérance et du respect pour autrui

Au début de chaque prise de vue, il est important pour moi de poser un cadre bienveillant avec les personnes que je vais photographier. Je me présente, je leur explique ma démarche tout en leur signifiant que s’ils se sentent mal à l’aise avec moi, mes photographies ne seront pas réussies. Je passe toujours beaucoup de temps à essayer de mettre les personnes à l’aise, à instaurer un climat de confiance. Et si je rencontre des difficultés à le créer, je n’hésite pas à poser mon appareil photo par terre.

Je photographie l’instant présent

Un enfant qui joue avec ses parents, des fous rires, une discussion intense, un travailleur social qui aide un jeune, etc. Dans chaque événement, je tente toujours de me rendre la plus discrète possible. Et si par chance, les personnes photographiées oublient ma présence en me disant « On est vraiment désolés, on t’avait oubliée”, j’ai gagné mon pari. Eh oui, quand on m’oublie, c’est là que mes images sont les plus authentiques !

J’aime photographier des thèmes sociaux, des causes

Je tente toujours de photographier des thèmes sociaux qui me parlent, pour lesquels je souhaite lutter en tant que travailleuse sociale, photographe humaniste mais aussi en tant que citoyenne. Mon travail photographique doit aller au-delà d’un simple but marketing, elle doit tenter de changer la vision qu’on a de ce monde, faire découvrir une nouvelle approche, une nouvelle manière de penser, de faire.

J’aime par exemple photographier les questions liées au genre humain (c’est quoi d’être femme ou homme aujourd’hui ici et ailleurs), la précarité, les manifestations, etc.

J’essaye toujours de véhiculer un élan affectif positif

Même si je photographie des fois des thématiques sociales dures, je tente toujours de véhiculer un élan positif dans mes photos. L’être humain est bourré de ressources, est le plus solidaire quand il est confronté à des obstacles, à des situations difficiles. Ce n’est pas parce que le thème est triste que les gens ne parviennent pas à s’en sortir. Et c’est exactement ça que je souhaite raconter dans mes images. Peut-être que les gens en regardant mes images vont éprouver de l’empathie, vont changer leur vision, leur opinion sur un sujet et être plus enclins à venir en aide à ces personnes démunies. En tout cas, c’est ce que je cherche.

Je ne photographie pas la violence

Je n’aime pas la violence et estime que ce n’est jamais une solution adéquate. Je ne pourrais jamais photographier des guerres mais si un jour, on me demandait de le faire, je tenterais de montrer comment les personnes s’entraident dans ces moments-là, comment elles essaient de se protéger, de s’en sortir.

Pour moi, plus la photo est choc, moins on est touché.

En bref, je photographie l’être humain, avec bienveillance, tel qu’il est.

Mon but ?

Créer des images sensibles, sincères, émouvantes qui pourraient donner une nouvelle vision sur le monde, sur les relations humaines.

Seriez-vous prêt(e) à tenter cette expérience photographique avec moi ?

Contactez-moi pour en discuter !